Installer des bornes de recharge en entreprise : obligations et budget

Bornes de recharge alignées sur le parking d'une entreprise, prêtes à accueillir les véhicules électriques des salariés

Depuis l’entrée en vigueur de la loi d’orientation des mobilités (LOM) du 24 décembre 2019, toute entreprise qui construit ou rénove lourdement un bâtiment non résidentiel disposant de plus de vingt places de stationnement doit pré-équiper une partie de ces places pour accueillir des bornes de recharge. L’obligation ne se limite pas aux constructions neuves : elle touche aussi les parcs existants selon un calendrier progressif dont la dernière échéance court jusqu’au 1er janvier 2025.

Sommaire

  1. Loi LOM : quels bâtiments sont concernés par le pré-équipement obligatoire
  2. Budget réel d’une installation : les postes qui pèsent
  3. Puissance 7 kW, 22 kW ou rapide : comment choisir selon l’usage
  4. IRVE : pourquoi l’installation par un particulier est interdite au-delà de 3,7 kW
  5. Facturer la recharge aux salariés et visiteurs : cadre légal
  6. Aides publiques mobilisables par les entreprises en 2026

Loi LOM : quels bâtiments sont concernés par le pré-équipement obligatoire

Le Code de la construction et de l’habitation (article L113-13) distingue deux situations. Pour les bâtiments neufs ou faisant l’objet d’une rénovation lourde dont le permis de construire est déposé après le 11 mars 2021, le pré-équipement (passage de fourreaux, dimensionnement du tableau électrique) concerne au moins 20 % des places dans les parcs de plus de vingt emplacements. Pour les bâtiments non résidentiels existants de plus de vingt places, l’échéance fixée au 1er janvier 2025 impose qu’au moins un point de recharge soit installé et opérationnel.

Vu du côté du gestionnaire d’immeuble, la nuance est importante : pré-équiper ne signifie pas poser une borne. Cela signifie tirer les câbles et prévoir la capacité électrique suffisante pour qu’une borne puisse être raccordée sans travaux de génie civil supplémentaires.

Budget réel d’une installation : les postes qui pèsent

Le coût d’une borne de recharge en entreprise dépend de trois variables : la puissance unitaire, le nombre de points de charge et la distance entre le tableau général basse tension (TGBT) et les places de stationnement. Le prix de la borne elle-même (matériel seul) ne représente souvent qu’un tiers de la facture totale.

Poste Part indicative du budget global
Borne (matériel) 30 à 40 %
Génie civil (tranchées, fourreaux, enrobés) 20 à 35 %
Raccordement électrique et mise en conformité TGBT 15 à 25 %
Supervision et logiciel de gestion 5 à 10 %
Installation par technicien IRVE 10 à 15 %

Les tarifs exacts varient selon les installateurs et les fabricants. Les grilles tarifaires sont publiées sur les sites des opérateurs comme EVBox ou sur les plateformes de devis spécialisées. Pour comparer les gammes disponibles, un tour d’horizon des bornes EVBox détaille les caractéristiques par modèle.

Un point souvent sous-estimé : si la puissance totale demandée dépasse la capacité du raccordement existant, une demande auprès d’Enedis pour un nouveau branchement ou un renforcement de réseau peut ajouter plusieurs semaines au calendrier et un surcoût significatif.

Voir aussi Bornes Autel : ce qu’elles valent pour une installation à domicile

Puissance 7 kW, 22 kW ou rapide : comment choisir selon l’usage

Le choix de la puissance découle du temps de stationnement moyen des véhicules. Une borne de 7 kW convient aux salariés qui laissent leur voiture huit heures sur le parking : elle restitue environ 50 km d’autonomie par heure de charge. Une borne de 22 kW s’adresse aux flottes commerciales dont les véhicules tournent en demi-journée. Les bornes rapides en courant continu (50 kW et plus) ne se justifient que pour un usage ouvert au public ou pour des utilitaires à rotation très courte.

Pour les entreprises dont la flotte mêle véhicules électriques et hybrides rechargeables, la borne 7 kW suffit dans la majorité des cas : la batterie d’un PHEV dépasse rarement 20 kWh. Une explication plus détaillée des différences entre HEV, MHEV et PHEV aide à calibrer le besoin.

IRVE : pourquoi l’installation par un particulier est interdite au-delà de 3,7 kW

Le décret n° 2017-26 du 12 janvier 2017 impose le recours à un installateur titulaire de la qualification IRVE (Infrastructure de Recharge pour Véhicules Électriques) pour toute borne de puissance supérieure à 3,7 kW. En entreprise, où la puissance minimale utile est de 7 kW, l’auto-installation est donc exclue. La qualification est délivrée par l’AFNOR ou Qualifelec et se décline en trois niveaux selon la complexité de l’installation.

Faire appel à un professionnel qualifié conditionne aussi l’accès aux aides publiques. Pour une installation à domicile, les règles diffèrent légèrement : le détail figure dans le guide sur l’installation d’une borne de recharge chez soi.

Facturer la recharge aux salariés et visiteurs : cadre légal

Une entreprise peut-elle revendre l’électricité consommée par les bornes ? Oui, à condition de respecter le cadre fixé par le Code de l’énergie. Deux options se présentent. Si les bornes sont ouvertes au public, l’entreprise agit comme opérateur de recharge et doit afficher un prix au kilowattheure, conformément au décret du 12 janvier 2017. Si les bornes sont réservées aux salariés, l’entreprise peut facturer au réel via un système de badges ou de supervision logicielle, ou choisir de prendre le coût à sa charge comme avantage en nature.

Imaginez le dossier tel qu’il arrive sur le bureau du comptable : chaque session de charge produit un relevé horodaté avec le volume d’énergie soutirée. Le logiciel de supervision agrège ces données, génère une facture individuelle ou un état récapitulatif mensuel. Sans supervision, aucune refacturation fiable n’est possible.

Aides publiques mobilisables par les entreprises en 2026

Le programme ADVENIR, piloté par l’Avere-France et financé par les certificats d’économies d’énergie, reste le principal levier de financement pour les bornes en entreprise. Les montants et taux évoluent chaque année : les barèmes à jour sont consultables directement sur le site du programme. Deux catégories de primes coexistent selon que les bornes sont réservées aux salariés ou accessibles au public.

Les collectivités locales proposent parfois des compléments. La région, le département ou la métropole peuvent co-financer une partie de l’installation. Ces dispositifs ne sont pas centralisés : il faut interroger la collectivité concernée ou consulter la page dédiée de l’ADEME.

Le crédit d’impôt pour l’installation de bornes, quant à lui, concerne uniquement les particuliers à domicile. Il ne s’applique pas aux entreprises. Pour les aides liées à l’achat de véhicules professionnels électriques, le bonus écologique et la prime à la conversion restent mobilisables sous conditions de revenus et de type de véhicule, avec des barèmes publiés sur service-public.fr.

À retenir

  • Vérifier si le bâtiment entre dans le champ de la loi LOM (plus de vingt places, construction ou rénovation après mars 2021, ou parc existant soumis à l’échéance de janvier 2025).
  • Exiger la qualification IRVE de l’installateur avant de signer tout devis.
  • Déposer le dossier ADVENIR avant le début des travaux : la prime est conditionnée à une demande préalable.
  • Anticiper le délai de raccordement Enedis si la puissance totale demandée dépasse le branchement existant.

Questions fréquentes

Puis-je installer moi-même une borne de recharge en entreprise ?

Non. Au-delà de 3,7 kW, le décret n° 2017-26 impose un installateur qualifié IRVE. En contexte professionnel, la puissance minimale utile étant de 7 kW, l’intervention d’un technicien certifié est systématiquement requise.

Comment facturer la recharge aux utilisateurs ?

L’entreprise peut refacturer au kilowattheure grâce à un système de supervision qui enregistre chaque session de charge par badge ou identifiant. Si les bornes sont ouvertes au public, le prix doit être affiché conformément au Code de l’énergie.

Quelles sont les obligations des entreprises concernant les bornes de recharge ?

La loi LOM impose le pré-équipement d’au moins 20 % des places pour les bâtiments neufs ou rénovés de plus de vingt places (permis déposé après mars 2021). Les bâtiments existants de plus de vingt places devaient disposer d’au moins un point de recharge opérationnel au 1er janvier 2025.

Julien Vasseur
Julien Vasseur

Julien Vasseur a passé 18 ans dans des garages indépendants de la Manche, dont 10 ans comme chef d'atelier. électronique et climatisation, il vulgarise la mécanique automobile pour ceux qui ne veulent plus subir leur garagiste

Sources

  1. legifrance.gouv.fr
  2. ademe.fr
  3. service-public.fr

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